CRITIQUES   GASTRONOMIQUES

du Restaurant 

TOKYO   SUKIYAKI

 7355 Mountain Sights, Montréal (514) 737-7245

 

Je fus invitée par mon conjoint et ma meilleure amie Francine, à célébrer l’arrivée de mon 50ième anniversaire de naissance dans les lieux de ce charmant restaurant des plus inusité.

De prime abord, j’ignorais totalement à quoi m’attendre au juste puisque le seul indice qu’on m’a partagé, était d’être assuré de vivre l’expérience exotique d’un dépaysement total. Je dois vous avouer que même si j’aime assez les surprises, ce ne fut pas le cas lorsque nous avions stationné notre voiture devant la façade du restaurant, m'ayant laissé assez perplexe.

En effet, l’extérieur est si quelconque que jamais, je n'aurais pensé de prime abord, être sur le point de découvrir en ces lieux, un univers de trésors irrésistibles. Nous nous sommes donc introduits pour ainsi dire sur la pointe des pieds. Nous étions bel et bien attendus puisque dès notre entrée, trois belles paires de sandales n’attendaient plus que l’on déchausse nos souliers afin de prestement les enfiler.

Au-dessus de nos têtes, nous pouvions remarquer que chaque mur de cette entrée se trouvait totalement tapissé d’un nombre particulièrement impressionnant de cartes d’affaires. Une seule petite surface se trouvait légèrement plus dégagée afin d’y souligner les signatures du passage de M. Pierre Eliot Trudeau et de M. René Lévesque. Ce dernier avait semble-t-il, insisté afin d’être modestement inclus dans la foule selon son habituelle discrétion mais n’en avait pas moins laissé sa marque.

Notre hôtesse porte un kimono à son image: soyeux, noir, discret et sobre contrastant avec les couleurs d’un rouge éclatant projeté par le chapelet des lampes suspendues, décorant gentiment notre parcours. On nous guidait donc sous cette lumière tamisée vers une cabine intime se trouvant parmi plusieurs autres semblables mais, à la fois différentes.

Je regardais, fascinée, cet environnement tout à fait inusité, capable de nous télé-porter instantanément dans l’univers de Tokyo. L’illusion, ma foi, était parfaite et confirmée par Francine ayant déjà vécu au Japon.

Il s’y trouvait des petites passerelles en forme de ponts enjambant un cours d’eau serpentant le sol au sein même de ce restaurant. Les personnes que nous entrevoyons semblent toutes installées sur le plancher de leur cabine, assises sur de larges cousins. J’entends des chuchotements, des petits rires discrets et même un couple rougissant d’un baiser volé à l’improviste de notre curiosité, se voulant pourtant réservé.

Mon imposante stature ressent quelques tressaillements à l’idée de devoir souper sans chaise mais aussitôt, Francine me souri confiante de pouvoir contourner plus allègrement que je ne l’imagine, un tel inconfort.

Nous sommes arrivés à notre cabine où l’on nous invite à retirer nos sandales avant de grimper, pieds nus, dans l’enceinte où se trouve une table trônant au centre de la pièce à même le sol puisqu’elle ne surplombe que de 4 pouces à peine le plancher. En fait, le dessus de cette table noire ne dépasse même pas la cheville de mon pied qui la contourne, afin de me rendre sur l’un des cousins.

Francine suit des yeux mon étonnement et celle-ci est visiblement très amusée de ma perplexité grandissante. Une fois assise, c’est avec un rire coquin, qu’elle me fait découvrir le secret de son amusement. Sous le plancher, bien caché sous la table, se dissimulait sans qu’il soit le moindrement  possible de la deviner, une orifice nous offrant d’y glisser nos jambes. N’étant point habile à adopter la position du lotus je fus tout particulièrement soulagée.

Cette cabine est conçue pour recevoir quatre convives, il reste donc un coussin de libre que mon conjoint s’empresse de rouler et d’appuyer contre le mur en guise de dossier de chaise. J’avoue ouvertement ma jalousie protestant qu’en ce jour de fête célébrant mon demi-siècle d’âge, n’aurais-je pas droit à cet ultime avantage d’un confort supplémentaire. Mon conjoint s’amuse ferme de mes revendications et de son beau rire chaleureux que j’aime tant, sollicite un coussin supplémentaire auprès de la Geisha.

Celle-ci s’empresse de me rapporter une chaise de sol parfaitement adaptée dont le dossier est une vraie bouée de sauvetage pour mon dos. Je me sens aux anges. On nous a déjà apporté les apéritifs absolument délicieux qui stimulent notre désir de sélectionner notre menu du souper.

Les suggestions à la carte sont faciles à comprendre puisque cinq grands plats principaux y sont à l’honneur. Les services complets pour le YAKITORI « poulet », pour le TERIYAKI « bœuf », pour le TEMPURA « crevettes », pour le KATSU « porc », et finalement le SUSHI « poissons crus » chacun au coût de 28$.

Ce que j’ai particulièrement apprécié est que chacun de ces services complets, comprend des entrées composées des autres menus afin de nous donner le goût d’essayer autre chose la prochaine fois. J’ai tout aimé: la salade, la soupe, l’entrée de bœuf, de poulet et surtout les délicieuses grosses crevettes, enveloppées d’une pâte frite mince et croustillante à souhait. Il y avait aussi quelques légumes également enrobés de cette même panure savoureuse, servis avec un bol de riz à la vapeur.

Le service est attentif et empreint d’un grand respect, des gestes de la Geisha étant aussi discrets qu’efficaces. La seule remarque, s’il doit en avoir une en guise d'impartialité, est que les convives sont laissés à eux-mêmes pour le service de leur bouteille de SAKE.

En contre partie, nous avons vraiment l’impression que la soirée nous appartient entièrement car le temps peut s’écouler aussi lentement que nous le souhaitons. Rien, absolument rien, ne nous mènera à la sortie à moins que nos attitudes repues et satisfaites ne dégagent l’évidence d’un départ éminent.

Encore sous le charme de cette soirée exotique, Francine nous a partagé le récit de son séjour de 6 semaines au Japon rempli d’émotions et d’expériences mémorables. Toutes ces confidences m’ont sans doute incitée à proposer une entrevue journalistique au restaurateur.

Bonsoir monsieur, seriez-vous le propriétaire ?

Non, mais je suis son fils et également le cuisinier ce soir, pour votre service.

Quelle est la date de fondation de votre restaurant?

Mon père est au Québec depuis 1960, mais le restaurant se trouve ici sur la rue Décarie depuis 1965.

D'où est venue l'idée d'instaurer un restaurant comme celui-ci à Montréal ?

Mon père GEORGES YOSHIMURA administrait un restaurant semblable à Vancouver, très apprécié de sa clientèle. Un jour deux avocats québécois, (aimant particulièrement la cuisine japonaise de mon père et plus spécifiquement le Sushi) l’ont convaincu de venir implanter la formule ici. Bien sûr, le fait  qu’il n’existait pas encore aucune cuisine japonaise ici, au Québec, l’a véritablement tenté.

Il avait, à l'époque, autour de 32 ou 33 ans, lorsqu'il est venu séjourner à Montréal qu'il a beaucoup aimé. Cette belle ville, lui a aussitôt plu.  Il l'a comparé à l'idée qu'il se faisait de la ville de Paris, tant pour la langue que pour sa vie citadine. Du moins, d'après ses lectures faites lorsqu'il était étudiant, imaginant rêveur la ville Lumière. Et voilà, comment la magie s'est opérée.

Les deux avocats, ayant influencé votre père, se sont-ils par la suite, associés avec lui ?

Non pas du tout, et du reste, avant leur visite, mon père n’aurait probablement jamais pensé s’établir au Québec car il n'y avait pour ainsi dire, pas de nationalité japonaise par ici. Donc, ce fut plutôt pour lui, une sorte d’inspiration que de prendre cette direction plutôt inusitée pour un japonais.

Les deux avocats quant à eux, sont sûrement devenus d’excellents clients mais nullement des partenaires financiers.

Quel est le type de clientèle qu'on retrouve ici ?

Je dirais tous les types de clientèle.  Bien sûr, le fait que nous ne sommes ouverts que le soir, nous recevons plus souvent des amoureux, mais il y a aussi, assez souvent, des hommes d’affaires et finalement, à l’occasion des familles avec leurs enfants.

Parlant d'amoureux, auriez-vous des faits cocasses à nous souligner ? 

À vrai dire, les gens nous choisissent surtout en raison de l’ambiance particulièrement tranquille, intime, douce, respectueuse et exotique de l’atmosphère qu’on leur offre.  J’ai déjà entendu un client dire à son adolescente qu’elle avait été conçue ici. Mais c’était peut être une blague, je ne sais pas... En général, les gens sont assez discrets, certains sont passionnés mais sans dire que les choses frôleraient l’indécence disons plutôt qu’un repas ici, peut s’avérer être un merveilleux prélude à …. Vous devinez quoi !

Avez-vous eu de la visite de vedettes ou de grandes personnalités ?

Oui bien entendu, nous avons reçu entre autres : Pierre Eliot Trudeau, René Lévesque toujours si modeste comme je vous l’ai déjà raconté, ainsi que Chun Conray « James Bond », Van Élan, Mitsou, Daniel Lavoie, Jean-Paul Belmondo, Martine St-Clair et plusieurs autres.

Est-ce que vous avez un plat particulièrement apprécié ? 

En fait, nous avons un petit menu parce qu’au fil des années nous avons regroupé ce que les clients appréciaient le plus et cette formule telle que vous la connaissez aujourd’hui est demeurée identique et conforme. Elle fait son succès depuis les trente dernières années.

Quelles sont vos journées de relâches ?

Nous sommes fermés les lundis et dans les périodes des fêtes du 23 décembre au 5 janvier. Juste avant cette période nous sommes particulièrement occupés par des réservations pour des partys de bureau.

J'ai remarqué que vos serveuses donnent beaucoup de préférence à l'homme... c'est toujours lui qu'on sert en premier... À quoi on demande des choses pour obtenir son consentement, etc... Pourquoi ?

Bien cela, fait partie de la culture et des mœurs du Japon. Ainsi, au tout début dans les années 60, nos toutes premières serveuses étaient d’authentiques Geishas donc, formées spécifiquement pour plaire à l’homme. De ce fait, celles-ci détachaient les lacets des chaussures des hommes et leurs enfilaient leurs sandales. Bref, elles étaient aux petits soins dans les moindres détails.

Mais au début des années 70, les influences occidentales avec l’émancipation de la femme et les féministes finirent par transformer les agissements de nos Geishas. Ainsi, celles-ci laissèrent graduellement les hommes se débrouiller seuls, avec leurs chaussures, mais comme ceux-ci portaient de plus en plus des souliers sans lacet appelés « loafers » la transition s’effectua sans trop de difficultés.

La grande majorité de nos clientes ne s’offusquaient nullement de ces coutumes sauf, en de rares exceptions.  En général, les dames jouaient le jeu d'accepter les rôles de Geishas comme faisant partie d'une comédie plaisant bien au monsieur, se prêtant au bonne grâce par amusement.

Depuis, les serveuses composant notre personnel sont désormais davantage des Vietnamiennes, des Laotiennes, parfois des Chinoises mais très peu de japonaises sauf certaines étudiantes venant de passages, travailler pour payer leurs études avant de repartir. Car voyez-vous, la collectivité japonaise ici au Québec est composée de moins de 1,000 personnes.

Ceci dit, nous n’obligeons pas nos Geishas, mais nous leurs recommandons dans la mesure du possible de servir l’homme en premier afin de perpétuer le sens de la culture japonaise. L’important au fond pour nous, c’est surtout que le client et la cliente soient satisfaits.

Finalement, nous croyons que la formule doit sûrement plaire puisque depuis trente ans, le retour assidu de nos clients le démontre agréablement.

Auriez-vous quelque chose de particulier à dire à mes lecteurs ?

Simplement que si vous et vos amis(es) avez passé une agréable soirée répondant en tous points à vos attentes… alors, nous serons personnellement comblés de vous avoir satisfaits.

Merci infiniment...

Nous reviendrons...

Mme CÉLINE JACQUES

 

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