LE DERNIER SOUFFLE DE MON PÈRE

LOUIS-JOSEPH
BROCHU

 

 

 

Aujourd’hui, nous sommes jeudi le 14 juin 2001 je réalisais que dans 8 jours à peine ma famille et moi, avons projet de nous réunir afin d’honorer la mémoire de ma mère décédée le 22 juin, il y a déjà deux ans à peine.

Je suis vivement sortie de mes réflexions par la sonnerie du téléphone. Mon frère Mario m’informe de me rendre de toute urgence à l’hôpital car mon père Louis-Joseph s’y trouve au plus mal. Selon les dires du médecin il est même possible qu’il décède avant mon arrivée.

Je suis si bouleversée que mon conjoint Réal propose de m’y conduire avec empressement. Tout le long du parcours je reste très songeuse. Mes pensées sont avec lui. Je sais bien que depuis la mort de maman il n’a plus jamais été le même. Il l’aimait tellement ma mère Thérèse.

Durant les 3 années qui précédèrent la maladie d’Alzheimer de maman, Louis-Joseph s’était fait un devoir de la nourrir à petites cuillères, deux fois par jour, sans relâche. Nous, les enfants nous le trouvions infiniment courageux et si dévoué pour elle.

Depuis ce jour, il n’a vécu que pour ses petits enfants et tout particulièrement pour les trois enfants de Stéphane mon frère le plus jeune. Nous pourrions presque nommer "Stéphane", l’enfant prodigue tant il s’apparente à un coup de vent qui vient et va mais restant constamment insaisissable.

C’est un bon garçon, mais disons que les responsabilités familiales sont loin d’être sa spécialité. Au fond, je suis consciente que rien n’existe sans raison et ses trois jeunes enfants donnèrent totalement un sens à la vie de Louis-Joseph.

Le récit des circonstances soulignants le début des problèmes de santé de Louis-Joseph commençait déjà avec une coïncidence bien paradoxale.

Déjà depuis un certain temps Louis-Joseph négligeait de s’alimenter convenablement, je lui conjurais de ne point se négliger et d’aller plus souvent au restaurent sans se préoccuper du peu qu’il lui en coûterait. Les personnes âgées mangent peu et laissent parfois des économies dormir qui au fond leurs seraient pourtant indispensables.

Comme à chaque fois au cours de sa vie, Louis-Joseph donnait toujours suite à mes conseils. Il se dirigea donc au restaurant le plus proche. Il stationna sa voiture dans un centre d’achat et lorsqu’il sortit de celle-ci, sans le moindre signe avant coureur, il perdit complètement l’usage de ses jambes et s’effondra sur le sol. Il était encore conscient mais atterré de constater qu’il était impuissant à remuer le bas de son corps.

Ces circonstances étaient dramatiques mais il n’eut même pas le temps de crier à l’aide qu’une voiture se rangeait tout à côté de la sienne. Il n’en croyait pas ses yeux, car il s’agissait d’une ambulance. Il se surprit à penser que c’était sûrement sa bien aimée Thérèse qui avait intercédé dans le ciel pour envoyer un tel secours prédestiné.

Les ambulanciers ont appelé les policiers, puis ils ont conduit Louis-Joseph à l’hôpital la plus accessible, de là. Les médecins firent le constat d’une phlébite dans une jambe. Un médecin consciencieux soupçonna un mal plus sérieux et choisit d’investiguer plus, après nous avoir consulter.

Suite à d’interminables examens, une tumeur des plus malignes « Glioblastome » fut diagnostiquée. Les jours de Louis-Joseph étaient désormais comptés. J’ai envoyé un don aux sœurs du Précieux sang de Jésus afin de réclamer leurs prières si bénéfiques ayant tant eu d’effets salutaires par le passé et m’en remis à la Divine Providence.

Il est donc 13 h 20 et nous sommes en ce jeudi tous réunis à l’hôpital Fleury auprès de Louis-Joseph, soit mes frères Mario, Normand, moi ainsi que mon fidèle compagnon Réal. Nous le veillons dans cette chambre, attentifs à sa respiration en cette journée de canicule ou l’index d'humidité équivaut à quarante degrés... il s’agit d’un vrai four.

Nous nous relayons pour passer une débarbouillette fraîche sur le front et le visage de Louis-Joseph malgré que celui-ci soit rendu inconscient en raison de l’injection de morphine visant à le soulager. Heureusement lorsqu’il était éveillé, il avait toujours affirmé ne souffrir d’aucune douleur reliée à sa tumeur, et j’ai tendance à en octroyer le bénéfice aux prières des Religieuses du Précieux sang de Jésus.

Nous étions tous là, attentif au rythme constant de sa respiration entrecoupée de courtes périodes d’apnée qui nous donnaient l’impression d’un décès anticipé. Malgré ce fait, nous pensions qu’il était disposé à prolonger sa survie jusqu’au lendemain matin ou tard dans la nuit.

Aussi, Mario, nous proposa vers 20 h 25 de retour chez lui, de se reposer ayant peu dormi la veille et se réservait le devoir de venir chercher les objets personnels de Louis-Joseph advenant un appel de l’hôpital annonçant son décès.

Au même moment, où Mario termina ses paroles, mon jeune frère Stéphane apparu dans l’embrasure de la porte. Nous étions tous très surpris, ne l’ayant point revu depuis quelques années. On le salua donc très chaleureusement en prononçant son nom.

C’est à cet instant précis que la respiration régulière de Louis-Joseph qui n’avait point changé depuis plus de 7 heures se modifia radicalement. On aurait dit qu’il venait tout juste de réintégrer son corps. Puis Stéphane eut à peine le temps de nous serrer la main et de se placer devant son père que soudain à   notre totale surprise, Louis-Joseph ouvra grand les yeux en balayant les visages autour de lui pour s’arrêter et fixer droit dans les yeux, Stéphane. Il fit alors un effort désespéré pour rassembler le peu d’énergie lui restant, afin de murmurer à Stéphane qu’il le conjurait de veiller sur ses trois petits enfants. Puis, ayant tout donné dans cet élan, il poussa un dernier souffle et s’éteignit.

J’étais en larmes et je dis «désormais il ne faudrait jamais que personne ne me dise que ces grands malades n’entendent rien. Je viens plus que jamais d’en avoir la preuve irréfutable ».

Pour Stéphane consterné, tout s’était déroulé bien trop vite puisque le décès fut enregistré à 20 h 34 soit à peine 8 minutes après son arrivée. Pour notre part, même si nous pleurions tous, nous étions heureux que notre père ait pu réaliser l’un de ses grands désirs, soit rendre son dernier souffle dans les bras de ses quatre enfants.

Visiblement, la seule raison de vivre de Louis-Joseph était le souci du bonheur de ces trois petits enfants et il monopolisait chaque ressource de tout son être afin d’intercéder pour eux avant de quitter ce monde.

Étant consciente que son âme flottait probablement encore au plafond, j’invitais mes frères à laisser seul Stéphane avec notre père afin qu’il puisse lui confirmer l’engagement que celui-ci attendait désespérément dans l’astral.

Par la suite, nous avons souligné tout le bien que Louis-Joseph représentait pour nous et ce moment particulier me permit d’être inspirée pour lui offrir le témoignage sous la forme d’un poème. Et puisque ce bon papa fut toujours profondément unit à notre mère par delà son départ au ciel, nous savions qu’il ne pouvait être qu’heureux de la retrouver.

Donc ce récit sera un précieux souvenir de leur grand-père pour ses trois petits enfants. Et, si vous me le permettez, c’est en mémoire de ces deux merveilleux parents que je rends ici hommage en leurs décernant les deux poèmes sur la page suivante.

 

 

 

HOMMAGES À MES PARENTS

Photo des parents de Céline

 

 

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